Barbatrucs – 25 mai 2015 – L’étiquetage

L’étiquetage des aliments allergènes, comme nous l’avions supposé, a inspiré plusieurs questions que nous avons eu l’occasion de poser à notre invitée lors de la rencontre Allergies Sans Soucis du 25 mai dernier. Marie-Sylvie Trottier travaille à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) depuis de nombreuses années et s’est avérée une vraie mine d’information ! Elle a gentiment répondu à toutes nos questions. Voici quelques informations à retenir :

  • Les dernières modifications réglementaires applicables à la déclaration des allergènes alimentaires sont entrées en vigueur en août 2012. Depuis ce temps, avec l’ajout de la moutarde et les précisions apportées quant à la déclaration du gluten et de ses sources, il y a 10 allergènes à déclaration obligatoire au Canada. Les voici :
    • Arachides
    • Noix
    • Blé
    • Oeufs
    • Moutarde
    • Lait
    • Fruits de mer (poissons, crustacés, mollusques)
    • Soya
    • Sésame
    • Sulfites (bien que les sulfites ne soient pas vraiment un aliment mais plutôt un additif alimentaire)

De surcroît, le gluten et ses sources doivent aussi être déclarés sur les étiquettes des aliments.

Cela revient à dire que, dès que ces aliments sont employés à titre d’ingrédient ou dans les composantes de l’un des ingrédients du produit fini (par exemple, le lait qui est utilisé dans la fabrication du chocolat, qui lui entre dans la recette de biscuits aux pépites de chocolat), ils doivent être clairement déclarés. Pour ce faire, ils peuvent tout simplement figurer dans la liste des ingrédients ou être indiqués dans une déclaration « contient » située immédiatement à la suite de la liste d’ingrédients. Il est à noter que les allergènes doivent être désignés par leur nom commun (par exemple, si le produit contient de la caséine (protéine laitière), il doit être écrit « lait » ou « substance laitière » à sa suite ou dans une déclaration « contient » pour éviter toute confusion). Ces règles d’étiquetage s’appliquent à tous les produits préemballés, sur lesquels doivent être indiqués les ingrédients en ordre décroissant.

Cependant, certaines exemptions sont comprises dans la réglementation. Par exemple, l’industrie de la bière n’a pas l’obligation, actuellement, contrairement à celle des vins et des spiritueux, de déclarer la présence d’allergènes.

D’autre part, les mélanges d’épices, notamment, n’ont pas l’obligation d’être détaillés, faisant l’objet d’un autre type d’exemption. Toutefois, si l’un des 10 allergènes prioritaires entre dans leur composition, il doit clairement être nommé dans la liste des ingrédients ou juste après par son nom commun.

Vous trouverez encore beaucoup plus d’information détaillée sur le site de Santé Canada et ici.

  • Mentions « contient » et « peut contenir ». Les questions à 1 000 $ de la soirée étaient, évidemment, les suivantes : les mentions d’avertissement « peut contenir » sont-elles obligatoires ? Peut-on déduire de l’absence de mention « peut contenir » sur un produit qu’il n’y a aucun risque qu’il contienne un des allergènes prioritaires ?

En une phrase, si l’un des 10 allergènes prioritaires est présent dans le produit, y compris dans les « constituants », il doit impérativement être déclaré, mais pas s’il n’entre pas dans composition du produit de manière volontaire et consciente.

Effectivement, la mention « peut contenir » est apposée sur l’étiquette de manière tout à fait volontaire, si l’entreprise estime qu’il existe un risque de contamination croisée. De plus, la formulation des mises en garde n’est pas réglementée – bien que Santé Canada recommande officiellement l’utilisation de la formulation « peut contenir » depuis juin 2013. Par conséquent, tous les avertissements (« peut contenir des traces de…», « fait sur la même ligne qu’un produit contenant… », « fabriqué dans une usine transformant aussi… », etc.) devraient être interprétés de la même façon même s’ils peuvent laisser croire à une certaine gradation du risque. Pour connaître la position de Santé Canada sur le sujet, c’est ici.

  • Au même titre que les mentions « peut contenir », les mentions « ne contient pas de… » ne sont pas réglementées et sont volontaires. Toutefois, si un produit précisant qu’il ne contient pas un allergène en particulier contient ce même allergène, la situation est traitée de manière très sérieuse puisqu’il s’agit alors d’une question de sécurité pour les personnes allergique auxquelles est destiné le produit en question.
  • Si vous croyez qu’une réaction est survenue après la consommation d’un produit qui contenait peut-être l’un des 10 allergènes mentionnés plus haut et que celui-ci n’était pas déclaré, vous pouvez faire une plainte auprès du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Le numéro à utiliser est celui-ci : 1-800-463-5023.
  • Vous voulez être au courant des rappels alimentaires dès qu’ils surviennent ? Rien de plus simple : allez vous inscrire sur le site de l’ACIA pour vous abonner aux  envois par courriel des rappels alimentaires qui vous intéressent. Les rappels sont classés en trois catégories. Tous les détails sont ici.
  • Qu’en est-il des produits importés ? Ils sont soumis aux mêmes règles que les produits canadiens. Toutefois, l’AIAC ne peut évidemment pas aller visiter chacune des entreprises et des usines et doit donc se contenter d’informer et de sensibiliser les compagnies en question sur la réglementation canadienne avant de procéder à des vérifications sur papier. En cas de doute, l’Agence peut cependant se déplacer pour mener une enquête et s’assurer que les produits sont étiquetés conformément aux exigences canadiennes.
  • Le cas des huiles hautement raffinées mérite une mention. Effectivement, à l’exception de l’huile d’arachides – dont l’utilisation doit être déclarée en tout temps -, les autres huiles raffinées (qu’elles proviennent du sésame ou du soya, par exemple) ne doivent pas obligatoirement établir leur provenance. Puisqu’une réaction allergique est provoquée par une protéine et que, en théorie, les huiles raffinées n’en contiennent plus, elles devraient être sans danger. Il est donc permis que de l’huile de soya hautement raffinée, par exemple, soit désignée par le nom « huile végétale », tandis que l’huile d’arachides, elle, qu’elle soit hautement raffinée ou non, doit toujours déclarer sa provenance et indiquer qu’elle est extraite d’arachides.
  • La déclaration des noix porte aussi parfois à confusion. Dans la liste d’ingrédients, si un produit contient une ou des noix, la sorte de noix doit être précisée (par exemple, amandes), tandis que, lorsqu’un fabricant indique un risque de contamination en apposant une mention « peut contenir », il peut indiquer « peut contenir : noix », tout simplement, sans préciser de quelle sorte de noix il s’agit.

Pour les curieux, l’Agence canadienne d’inspection des aliments travaille conjointement avec Santé Canada pour assurer la conformité des produits alimentaires qui atterrissent dans vos assiettes. Dans le contexte de la surveillance de l’étiquetage adéquat des allergènes, l’ACIA effectue de l’échantillonnage aléatoire et des visites dans plusieurs usines périodiquement.

Après avoir reçu cette marée d’information, comme nous l’a demandé l’une des participantes de la rencontre, « on capote-tu pour rien avec les étiquettes ? ». Les avis sont partagés !