Barbatrucs – 13 juillet 2015 – La famille

Apprendre à vivre avec des allergies est souvent quelque chose d’assez difficile à faire. Devoir sensibiliser notre entourage à cette nouvelle réalité, que ce soit dans la famille proche ou élargie, n’est parfois pas simple. Certaines réactions peuvent être négatives et certains comportements peuvent même se révéler carrément dangereux lorsqu’ils ne tiennent pas compte du sérieux des allergies. Comment faire pour que le message passe bien, tout en respectant nos limites? Puisqu’il s’agit d’un thème très subjectif, abordé à l’occasion de la rencontre Allergies Sans Soucis du 13 juillet dernier, nous avons extrait quelques pistes de réflexion sur le sujet.

D’abord, la gestion des allergies au quotidien exige forcément des changements dans nos habitudes familiales, ce qui a des répercussions sur tous les membres de la famille. Nos conseils? Avec l’autre parent, ayez une discussion de fond sur le sujet. Définissez clairement vos propres limites, ce qui vous dérange dans les changements apportés à vos habitudes et ce avec quoi vous êtes à l’aise. Si vous êtes la personne responsable de préparer les repas, tentez de répartir cette nouvelle responsabilité afin d’éviter le piège des reproches si jamais un accident se produit.

Comment expliquer la situation et les risques aux frères et aux sœurs d’un enfant allergique sans faire peur mais tout en étant clair? Doit-on insister sur les allergies ou, au contraire, en parler le moins possible aux enfants? Cela demeure un choix personnel mais, en ce qui nous concerne, nous croyons que d’en parler est la meilleure option, et ce, peu importe l’âge. Tout se dit avec les bons mots : les enfants n’ont bien souvent pas besoin de longues explications pour comprendre l’essentiel, allez-y simplement. En abordant le sujet ouvertement, vos enfants auront probablement le réflexe de verbaliser leurs craintes plutôt que de les garder secrètes.

Devons-nous éliminer complètement les allergènes de notre foyer ou pas? Il s’agit encore là d’une décision appartenant à votre cellule familiale. Voici toutefois quelques pistes pour vous aider à faire un choix :

  • En éliminant tous les allergènes, votre maison devient un lieu sécuritaire, certes, mais qui peut parfois vous faire perdre de vue qu’il y a des allergènes à peu près partout ailleurs. Certains parents se rendent compte que leur enfant n’a même pas idée de ce à quoi peuvent ressembler leurs allergènes, car il n’est jamais exposé à celui-ci, ce qui pourrait être dangereux. Souvent, également, en faisant le choix d’avoir une maison « sans », il faut être prêt à dire non aux invités qui arrivent avec de la nourriture chez vous. Pas toujours facile lorsque belle-maman vous a préparé sa fameuse lasagne…
  • Vous pouvez aussi choisir d’avoir un endroit sécuritaire (sous clé ou vraiment inaccessible aux enfants) dans votre maison où vous gardez quelques aliments « interdits ». Vous pouvez aussi choisir de ne consommer ces produits qu’en cachette, à minuit, dans le garage, la cuillère dans le pot de Nutella. Pourquoi pas? L’important encore une fois est d’être à l’aise avec notre choix, de le respecter et de le faire respecter par les autres. Certains membres de votre famille pourront trouver difficile de s’y conformer, c’est vrai. Rappelez-vous cependant qu’ils n’ont pas à vivre ces restrictions au quotidien comme vous devez le faire.
  • En tant que parents, nous avons toujours la crainte de ne pas être équitables envers nos enfants. Il est donc normal que cette préoccupation soit encore plus présente lorsque nous devons refuser régulièrement des aliments à l’un alors que l’autre peut en consommer sans problème. Deux choses. De un : lorsque la culpabilité vous sort par les yeux (lire : les mamans, lorsque vous êtes roulées en boule dans votre lit et pleurez toutes les larmes de votre corps… ça nous est arrivé aussi, et ça nous arrive encore occasionnellement), prenez un pas de recul et tentez de rationaliser la situation. Trouvez-vous un point de comparaison : « lorsque je permets à mon aîné de se coucher 30 minutes plus tard que mon tout petit, est-ce que je me sens coupable? ». Non, car votre cadet a besoin de davantage de sommeil et vous répondez donc à son besoin adéquatement en lui refusant de se coucher plus tard. Et de deux (et principalement) : pensez à tous les efforts quotidiens que vous faites. Que ce soit les heures de lecture d’étiquettes, les millions de substitutions dans les recettes, les visites chez les spécialistes, les recherches sur Internet pour dénicher LE produit, les nuits à vous inquiéter parce que « Chéri, penses-tu qu’il a pu toucher à la trempette chez Matante Ginette? » …. Vous êtes de bons parents. Ne l’oubliez jamais, surtout lorsque la Culpabilité (avec son grand C et ses racines sournoises) vous chatouille les arrières pensées. La décision que vous prenez, c’est la bonne, pour vous, et pour vos enfants. Voilà.

On parle souvent de faire un plan d’urgence avec la garderie, l’école ou le camp de jour, mais qu’en est-il de votre plan d’urgence pour la maison, dans votre propre petite famille? Qui fait quoi? Comment fait-on si une réaction allergique se produit alors qu’on est seul (e) avec tous les enfants? Suis-je (relativement) à l’aise d’injecter de l’épinéphrine? Mon p’tit dernier, il vient avec nous dans l’ambulance ?

L’important, c’est de s’entendre sur une ligne de conduite en cas d’urgence, car c’est ce qui vous guidera, même inconsciemment, lorsque le moment sera venu de la mettre en pratique. Demeurez flexibles, car les situations peuvent évoluer et, parfois, on réagit différemment en pratique. Tentez d’imaginer plusieurs scénarios : si la garderie appelle pour m’informer d’une réaction, quel sera notre discours? Qu’en est-il si la réaction se produit à l’école, au cinéma, etc. Le but est – encore une fois – d’éviter les répercussions négatives au sein de votre couple ainsi que de votre famille et de vous permettre de faire équipe devant une situation d’urgence.

Maintenant, même si c’est la dernière chose que l’on souhaite, il arrive qu’on doive faire face au pire : une réaction grave, un choc anaphylactique. L’expérience nous a démontré que même lorsque les frères et les sœurs sont petits, ils subissent aussi les contrecoups d’avoir été témoins d’une situation d’urgence. Prenez soin de faire verbaliser toutes les personnes touchées par la situation de crise – votre petit allergique ET les autres membres de la famille qui ont vécu l’épisode allergique stressant – s’ils souhaitent le faire, en tenant compte de leur âge. Certains auront des cauchemars ou vivront de l’angoisse durant les jours qui suivent une réaction grave : restez attentifs car, souvent, nos yeux sont tournés vers l’enfant qui vient de vivre la réaction (avec raison) et il peut être facile de ne pas remarquer la détresse des autres sans le vouloir. Enfin, ne vous oubliez pas dans ce tourbillon de stress, de peur et d’émotions fortes en tant que parents! Il est normal que les jours suivant une réaction soient difficiles, émotifs. Peu importe comment vous avez géré cette situation, rappelez-vous que vous avez fait de votre mieux. Combien de parents autour de vous ont eu à s’asseoir pour discuter « du meilleur plan d’urgence en cas de réaction allergique grave de mon enfant »? Le mode d’emploi est variable et il s’adapte au fil du temps, alors soyez indulgents et félicitez-vous d’avoir traversé ce moment difficile. Essayez de le voir comme une occasion de s’améliorer pour les prochaines fois… en souhaitant de ne jamais avoir à la vivre, cette prochaine fois!